LE PARADIS DES BONSAÏKA (盆栽家)
Posté par Claudio Boaretto le 22 juillet 2025
À seulement dix-sept kilomètres de mon seuil, une étonnante découverte :
Une pépinière de Bonsaïs !…
Un monde suspendu, un souffle de verdure…
Dans les couloirs du commerce, 80% à 90% des bonsaïs traversent les mers avant d’atteindre nos rives…
- De Chine, naissent les forêts à bas prix, en lignes serrées, souvent préformées…
- Du Japon, descendent les silhouettes raffinées, travaillées longuement…
- De Corée et du Vietnam, jaillissent aussi quelques essences, parfois tropicales, souvent robustes…
Pourtant, quelques producteurs français passionnés, mais ils restent rares, enracinent ici même l’art des Bonsaïka…
Troncs lentement grossi, saisons respectées, gestes mesurés, travail artisanal…
C’est le cas de la « Pépinière Bonsaï Galinou », à Sainte-Livrade-sur-Lot…
Une production « made in France »…
Depuis maintenant trente ans, les bonsaï se sèment et se cultivent au sein de cette pépinière située en Lot-et-Garonne…
Depuis son site Web, Jacques Galinou nous dit :
« Dans notre pépinière bonsaï, nous nous considérons avant tout comme des agriculteurs avec une formation horticole. Nous sommes des cultivateurs, et c’est ce qui nous différencie des autres professionnels du bonsaï, nous préférons développer une production locale, issue de semis ou de boutures. Cela nous permet d’avoir un contrôle total sur ce que nous faisons ainsi que d’avoir des arbres parfaitement acclimatés lorsqu’ils seront chez vous. »
Son site Web poursuit :
« Une grande partie des arbres de la pépinière ont été cultivés en pleine terre pendant des années, le temps de former un tronc de bonne taille, des branches charpentières. »
« Sur les quelques hectares de culture, la production est assez diversifiée. Des érables (Palmatum, Kyohime, Tridents, Shishigashira, Kotohime, Pourprea, Orange dream, etc.), des pins noirs, des pins blancs, des genévriers, des chênes, des myrtes, des loropetalums, des ormes de Chine, des oliviers, des azalées, des méta-séquoi. »
Dès mon entrée sous la serre, silence et démesure… Une armée de bonsaïs, alignés sur des tables de fer au plateau grillagé, recouvertes de toile tissée horticole…
Des centaines, sans doute plus d’un millier…
Le vert réglemente l’espace, le regard saute d’un tronc à l’autre…
Spectacle immobile, force contenue…
Mais capturer tout cela en foto ? …
Épreuve compliquée…
Les sujets se frôlent, se masquent, se volent la lumière…
Malgré la mise au point et la faible profondeur de champ, au lieu de privilégier l’artistique l’image glisse irrémédiablement vers l’inventaire…
Je choisis donc le « relevé » plutôt que la « mise en scène »…
Chaque foto portera son nom, son essence, son souffle si possible, assisté par les yeux électroniques des applications de mon smartphone…
Trêve de préambule… place aux arbres…
Genévrier de Chine, (Juniperus chinensis) en style Moyogi…
Feuillage compact et prometteur…
Patience et ligatures dessinent déjà le futur…
Erable du Japon Kiyohime…
Forme en balai, appelée en japonais Hokidachi…
Elle transmet une impression d’équilibre et de sérénité, très appréciée dans les compositions classiques japonaises…
Un second Érable palmé (Acer palmatum)…
Ramure fine, jeunes pousses à peine rosées…
Erable du Japon Shishigashira
Tronc franc, ramure en plateau, caractère montagnard apprivoisé…
Deux Érables tridents (Acer buergerianum)…
Silhouettes compactes, racines noueuses et feuillages trilobés…
Vigueur estivale et promesses automnales s’y devinent…
Orme de Chine (Ulmus parvifolia)…
Style Chokkan (forme droite formelle)…
Structure en plateaux, ramure compacte et feuillage ciselé…
Maturité maîtrisée sous surveillance continue…
Même essence, autre âge, autre style…
Orme de Chine (Ulmus parvifolia)…
Style Moyogi (forme informelle sinueuse)…
Tronc sinueux, branches en progression et feuillage espacé…
L’arbre trace sa ligne dans le vide…
Charme commun (Carpinus betulus)…
Style Chokkan (forme droite formelle)…
Ramure disciplinée, feuilles ciselées et tronc sobre…
Équilibre maîtrisé entre vigueur et finesse…
Cotonéaster rampant (Cotoneaster horizontalis)…
Style Moyogi étagé (forme informelle en plateaux)…
Ramure étagée, feuillage lustré et port élégant…
L’arbuste s’installe avec constance…
Focus sur les mini-fruits…
Perles naissantes sous les nervures luisantes…
La promesse miniature d’un automne chargé…
Erable du Japon Palmatum
Style Moyogi (forme informelle sinueuse)…
Feuillage élancé, ramure aérée et tronc vigoureux…
La grâce subtile d’une essence discrète…
Ficus retusa…
Style Moyogi (forme souple d’intérieur)…
Tronc puissant, racines en poigne et feuillage lustré…
Force tranquille sous lumière tamisée…
Pin de montagne (Pinus mugo)…
Style Shakan (forme inclinée)…
Tronc noueux, aiguilles serrées et silhouette inclinée…
Le souffle des cimes sculpté à ras de pot…
Pin de montagne (Pinus mugo)…
Style Ishitsuki (planté sur roche)…
Racines cramponnées à la roche, aiguilles dressées entre les failles…
La verticalité minérale accueille la ténacité végétale…
Pin de montagne (Pinus mugo)…
Style Ishitsuki détourné (inspiration roche libre)…
Port ramassé, silhouette tendue, racines nouées à la terre rouge…
À ses pieds, une pierre dressée comme un éclat de falaise…
Je tournais autour…
Je résistais…
Un peu…
Pas beaucoup…
Pas passionnément…
Encore moins à la folie…
En réalité, pas du tout ! …
Et me voilà propriétaire d’un bonsaï, bonsaïka malgré moi…
Mon Pin de montagne (Pinus mugo)…
Posé désormais sur la plate-bande de ma terrasse, à l’ombre de la haie recouverte d’une toile tissée horticole et face au ciel, le pin trouve refuge…
La pierre veille, le tronc s’incline, les aiguilles respirent…
Discret dans son coin, il impose pourtant sa présence…
Flâner parmi ces silhouettes miniatures suffit parfois à faire germer un drôle d’attachement…
Néophyte sans tabou, je l’avoue… sans sabre, sans kimono, sans sablier pour compter les lenteurs d’une branche en hésitation, je me glisse entre traditions et intuitions, juste l’œil en éveil et la curiosité au bout des doigts…
Mais je m’incline, sans malice, devant ce pin tordu…
J’invente mes styles à moi, entre Moyogi du pauvre et Hokidachi du hasard…
Merci à la pépinière Galinou pour ce piège de verdure tendu entre branches et regards…
Et gratitude à mon ami Pierre, éclaireur discret sur le sentier des bonsaïs…
Claudio Boaretto


























Effectivement une belle découverte. Le monde des arbres en miniature. Un travail de qualité et un émerveillement pour les yeux . Une passion qui de tous temps nous apporte la sérénité et la médiation du temps qui passe .Merci Claudio pour cette forêt magique.
Merci Thierry pour ton commentaire…
Un monde en réduction, mais sans raccourcis…
Des troncs noueux, des rameaux patients…
Merci pour ton regard fidèle sur cette forêt miniature…
Les saisons y murmurent mieux qu’un long discours…
Bonsaïka (je ne reprends même pas l’écriture japonaise), voilà un mot que j’ignorais. Mais, le banalisé judoka éclaire la structure…
D’autant qu’on connaît l’objet de ses soins car, à Chatenay-Malabry, on peut admirer une des plus belles collections françaises et je vais régulièrement l’admirer.
Je sais la méticulosité nécessaire, les gestes attentifs, pour obtenir ces chefs-d’œuvre d’une nature, à la fois contrariée et ennoblie…
J’ignorais aussi qu’on pouvait les cultiver, les semer en nombre. Les serres abondantes le montrent, artiste, horticulteur-arboriculteur, c’est crédible.
Chaque photo prouve la richesse de cet art d’inverser le dedans-dehors. Et d’une pierre, d’une coupe, jaillit la vie et la poésie.
Tes images et tes mots suffisent. Place à la contemplation, à la méditation…
Il fallait y penser, il fallait le savoir, il faut t’en remercier.
Rémy
Merci Rémy pour ton commentaire…
À Châtenay-Malabry, tu contemples… ici, je découvre…
De mon côté, nul sabre, nul kimono, juste un œil en alerte et un pin en embuscade…
Et ce pépiniériste lot-et-garonnais, qui, sans bruit, cultive l’émerveillement…
J’ignorais moi aussi qu’on semait les bonsaïs comme des tomates, et qu’un pin tordu, enraciné dans la terre rouge d’une plate-bande, pût interpeller un promeneur distrait…
Tu dis l’arbre contrarié et ennobli… j’ajoute : maîtrisé sans dominer, accompagné sans hâter…
Et chaque coupe, chaque mousse, chaque pierre raconte un fragment de nature recomposée…
Tes mots dessinent un haïku en prose…
Je m’en inspire,
Je m’incline…
Puis je reprends l’arrosoir…
J’ai deux frères, l’un écrivain et passionné de bonsaïs, l’autre juste passionné de bonsaïs. Je leur transmets ton reportage, Ils vont savourer.
Très inspirant!
Pierre
Merci Pierre pour ton commentaire…
Voilà donc une fratrie enracinée dans le mot et le feuillage…
J’imagine déjà leurs regards croisés : l’un scrutant la courbe d’un tronc comme un vers libre, l’autre guettant la prochaine pousse comme un signe discret…
Si mes modestes foto éveillent leur curiosité ou nourrissent leur passion, alors le pin tordu de ma terrasse sourira en silence…
Transmets-leur mes salutations feuillues…
Et encore merci à toi d’avoir soufflé l’adresse…
Merci Claudio pour ce sympathique voyage au coeur du petit monde vert. Un grand plaisir à visionner ces photos. Bises
Merci Chantal pour ton commentaire…
Un petit monde vert, oui, mais drôlement habité…
Chaque branche y médite, chaque racine y compose…
Ravi de t’avoir embarquée, le temps d’un regard, dans ce théâtre feuillu…
Je ne connais pas cet univers et n’en suis pas particulièrement fan. Mais là c’est époustouflant de constater la diversité ainsi que latechnique et la patience des « jardiniers ». Bravo de nous faire découvrir un nouveau monde
Merci Mireille pour ton commentaire…
Même sans attirance première, tu as su capter l’essentiel…
Cette lenteur patiente, ces formes sculptées par les saisons et les mains…
Dans ce petit monde, la taille ne réduit rien… au contraire, elle démultiplie l’attention…