À VENISE, PÂQUES EN FAMILLE AUX « VIGNOLE »

Posté par Claudio Boaretto le 22 avril 2019

Dimanche de Pâques, 21 avril 2019…

C’est en famille restreinte que nous allons déjeuner à Pâques dans notre resto préféré sur l’île des « Vignole »…
Quand je dis famille restreinte, j’entends petits-enfants, enfants et nous, sinon avec les cousines et cousins vénitiens directs, nous serions plus d’une bonne vingtaine…

Rendez-vous sur l’île de la « Certosa », voici la petite famille sur leur petit bateau que nous appelons la « mobylette » de la lagune…

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Nous montons à bord et en route pour les « Vignole » (c’est l’île juste à côté)…

À l’avant, les petits-enfants…

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Attention, virement de casquette à bord…

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Au centre, notre artiste de gendre…

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À l’arrière, les femmes en pleine forme…

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À l’avant, la figure de proue surveille la route…

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Et nous voici devant le ponton de débarquement de notre restaurant préféré de la lagune…

Ce resto ouvre le jour Pâques et ferme fin septembre…
Il est beaucoup plus facile d’y accéder en bateau perso qu’avec les bateaux des transports publics… De chez nous, il faut changer deux fois de vaporetto et le dernier ne fait le trajet qu’une fois par heure…

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Une fois débarqués, la « Trattoria alle Vignole » nous ouvre les bras…
(Fermé le lundi, sauf le lundi de Pâques)…

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Il est midi, le resto est déjà à moitié plein sachant que la plupart des gens arrivent entre 13 et 14 heures…
Aujourd’hui pas de touristes ici, population exclusivement vénitienne…

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Quasiment toutes les tables sont « Riservato »…

La nôtre aussi, évidemment…

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L’entrée du bar, resto, cuisine, enfin l’endroit où l’on commande le boire et le manger…

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Focus sur les glycines…

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À l’intérieur c’est Flo qui commande les différents mets qui constitueront notre pascal repas…

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Tous les plats sont à la vue, on voit ce que l’on va manger et l’on choisit…
Et TOUT EST BON !!!…

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Les prix sont affichés, pas de mystère…

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Que des choses de la mer et de la lagune que nous adorons et tout est FRAIS…

Les brochettes de « Mazzancolle » (grosses crevettes)…

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Les différents poissons…

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Difficile pour le « fotograf » car tout est sous vitrine, alors bonjour les reflets…

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Les seiches grillées, un vrai délice…

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À gauche, les « Folpetti » petites poulpes qui ne grandissent pas autant que les pieuvres, elles n’ont d’ailleurs qu’une seule rangée de ventouses sur les tentacules…

À droite, les seiches cuites dans leur encre noire…

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Encore les « Folpetti in umido », c’est à dire cuits avec une sauce tomate piquante, un délice, j’en prends à chaque fois…

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Pour ceux qui sont légumes et verdure, pas de problème non plus, double rangée de plats…

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Ne pas oublier crevettes à gauche, sardines à droite, marinées dans l’oignon, plat typiquement vénitien…

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Hugo a piqué mon appareil foto pour shooter sa femme revenant avec son deuxième spritz…

Heu, foto prise de travers, pour être plus créatif, moi je veux bien, mais bon…

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Une première partie de mes « antipasti » (entrées) Saint Jacques, « Folpetti in umido » et polenta…

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Ma douce au soleil…
Toujours un plaisir que de déjeuner en extérieur…

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Hugo a encore piqué mon appareil…

Du coup, on me voit, mais la mise au point est faite sur Flo, donc je ne suis pas net, heu, seulement sur la « foto »…

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Nous avons mangé de tout, sans oublier les « spaghetti alla marina » et le « risotto scampi e castraure » (risotto aux langoustines et petits artichauts)…

Nous voilà déjà au dessert : « caffè e Sgropino »…

Ah le Sgropino !… Cocktail de glace au citron (glace, pas sorbet) mélangée avec du prosecco et de la vodka…

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Tous ensemble, tous ensemble…
Sauf moi bien sûr derrière l’objectif…

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Après ce délicieux et pantagruélique repas, nous sommes retournés sur l’île de la « Certosa », vérifier si tout allait bien sur le bateau de nos amis français, Arnaud et Gabrielle…

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Il faut bien surveiller le bateau des copains…

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Apparemment tout va bien à bord…

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Je termine cette sortie pascale par l’horizon panoramique privilégié qui s’offre à nous…

À droite en jaune, le « Jack-up du MoSe » amarré devant « l’Arsenale »…
Au centre, derrière « l’Arsenale » le campanile de « San Francesco delle Vigne »…
Au gauche, la basilique et le campanile de « San Piero de Casteo »…
Encore à gauche, la grande maison à façade blanche : la maison natale de feu ma maman…

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Des lieux remplis de l’histoire de nos anciens…

Claudio Boaretto

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NICOLAJ, DYNASTIE NAUTIQUE

Posté par Claudio Boaretto le 24 mars 2019

Suite à des contraintes techniques, mise à jour de l’article  « NICOLAJ, DYNASTIE NAUTIQUE », article publié 23  janvier 2011 sur ce blog…à l’époque je ne connaissais rien à l’art de la « fotografie »

Ça commence par l’histoire de mon aïeul,  GIOVANNI NICOLAJ, le Grand-père de mon grand-père maternel, ma mère, LINDA, étant une NICOLAJ, née à l’extrême Est de Venise, à San Pietro, San Piero de Casteo en vénitien, là où fut érigée la première basilique de la Sérénissime, bien avant celle de San Marco

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Portrait de Giovanni NICOLAJ

En 1856, mon aïeul, GIOVANNI NICOLAI, commandant la frégate royale « BEROLDO » fut décoré de la médaille d’or par la marine française pour l’héroïque courage dont il fit preuve au cours d’une des batailles navales conduite pour la guerre de libération de l’Italie….
(Le patronyme des NICOLAI fut transformé par erreur à l’époque par un employé de l’état civil prenant le « i » final pour un « J » changeant ainsi le nom de la lignée maternelle de mes ascendants, quoiqu’il en soit le nom ne se prononce pas « nicolage » mais bien « nicolàï » avec accent tonique sur le A )…  

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Frégate Royale « BEROLDO » de 48 canons, construite en 1827

GIOVANNI faisait partie d’une famille originaire des Îles de la MADDELENA, archipel situé au Nord-est de la SARDAIGNE, près de la CORSE….

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Archipel de la MADDELENA, Nord-est de la Sardaigne

Immédiatement après cette période de guerre et de reconnaissance militaire, il se transféra à Venise dans le fameux et laborieux ARSENALE DI VENEZIA.


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{L’arsenal de Venise construit en 1104, chantier naval qui a joué un rôle déterminant dans la construction de l’empire vénitien. Ceint par 3 km de murailles crènelées de brique rouge, il emploiera jusqu’à 16 000 personnes à son apogée.}

À l’ARSENAL, grâce à ses compétences et son expérience, il obtint la direction du département des « CALDAIE NAVALI » les chaudières navales….
Fin des années 1800 voit la naissance de son fils NATALE (frère de GIORGIO, le père de mon grand-père)
NATALE NICOLAJ deviendra à son tour le directeur technique du département des voiles de l’Arsenal.

Toutefois, en 1917, l’Arsenal de Venise est fermé et toutes les unités sont transférées aux chantiers navals de LA SPEZIA….
Mais NATALE ne veut pas quitter Venise. Il embauche la totalité des ouvriers du département des voiles de l’Arsenal et crée la société qui deviendra à Venise la fameuse « VELERIA NICOLAJ » fabrication de voiles….

Avec la naissance de son fils ULDERICO en 1923, la société est transformée en « N.NICOLAJ & FIGLIO » et s’agrandit en produisant des voiles, des toiles et des tentures pour le monde maritime, des drapeaux et des pavillons pour toutes les marines, ainsi que vestes, cirés et toutes sortes de bouées de sauvetage…. La société arrive à compter 107 ouvriers qualifiés et 3 laboratoires de productions….

En 1923, avec l’acquisition du PALAZZO PISANI de SANTA MARINA, tout près de l’hôpital civil de Venise à SAN GIOVANNI E PAOLO, ils y concentrent toute la production….

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Palazzo Pisani Nicolaj di Santa Marina

Déjà en 1937, fait remarquable, on trouve la trace de la première homologation officielle du gilet de sauvetage. Il s’agissait d’une espèce de cylindre de toile robuste avec une ouverture pour les bras où étaient introduits quatre gros pains de chêne-liège…. Les NICOLAJ ont inventé le gilet de sauvetage individuel !….

Aujourd’hui son fils Gianni NICOLAJ continue la tradition nautique et l’on peut tout trouver en accastillage dans sa boutique nautique toujours situé au situé rez-de-chaussée du PALAZZO PISANI…. J’y ai moi-même fait l’acquisition du matériel indispensable et obligatoire à bord…

Je croise de temps à autres, ce petit cousin au 3 degré, au chantier naval du Lido où nous avons chacun notre bateau…. Seulement que son bateau, c’est carrément un petit navire, tandis que le mien, comparé au sien, fait figure de frêle esquif….
C’était en quelques lignes l’histoire d’une des lignées des NICOLAJ de Venise….
Il en est d’autres histoires de mes ascendants que me racontait ma mère, comme ce boulanger de Castello qui fit faillite ne faisant pas payer le pain à la moitié de ses clients en ces temps de pauvreté et de disette….
Et cet autre patron de l’entreprise pour planter les « bricole » ou « duc d’albe » dans la lagune et qui mourut d’un petit panaris au pouce, etc.….

Chaque famille à son content d’histoires….

Mise à part cela, certains me disent que j’aurais un petit air de famille avec mon aïeul Giovanni…

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Sans blague, vous trouvez ?…

Claudio Boaretto

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NOTRE FAMILLE VÉNITIENNE À PÂQUES

Posté par Claudio Boaretto le 20 avril 2017

Ce billet illustré intéressera plus particulièrement les membres de notre famille et les amis proches…

Pâques, comme Noël, est une fête où la famille se rassemble, réminiscence de notre éducation judéo-chrétienne, même si certains d’entre nous, dont votre serviteur, ne croient plus depuis longtemps à ces billevesées religieuses…

Mais gardons de ces traditions le prétexte du bonheur de se réunir…

Cette année, le repas pascal se déroule au « Ristorante al Storico Crea » …

Ce restaurant est situé au beau milieu d’un chantier naval sur l’île de la « Giudecca », en quelque sorte le 7ème « sestiere » de Venise…

La flèche rouge désigne l’emplacement du restaurant…

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Pour le rejoindre, quand on vient en « vaporetto », il faut débarquer sur la rive nord de l’île et suivre le quai…

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Jusqu’au « Sotoportego » où une ancienne gondole monte la garde devant une première enseigne du restaurant…

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Une fois franchi ce « Sotoportego », il faut traverser tout le chantier naval pour atteindre le restaurant sis sur la rive sud de l’île…

Mettons les choses au point, en France, quand nous parlons de « chantier naval » on pense immédiatement aux immenses chantiers comme Saint Nazaire où l’on construit les grands paquebots…
Ce n’est pas le cas à Venise…

Un chantier naval ici, c’est comme un garage d’automobiles, mais pour bateaux…

Donc il y a des grands garages, des petits, des moyens, dans certains on fait l’entretien, dans d’autres on répare, dans d’autres encore on gare les bateaux en particulier pour l’hiver, d’autres plus élaborés fabriquent carrément leurs bateaux, et dans les grands comme celui de la « Giudecca » on fait tout à la fois…

Ce chantier possède aussi en son sein deux « squeri », endroits où l’on construit les gondoles, dont le « squero Crea »…

J’ai publié, en mars 2016, un billet relativement complet sur les « squeri » …
Si vous voulez en savoir plus, c’est là :
LES « SQUERI » DE VENISE, OÙ L’ON CONSTRUIT LES GONDOLES

Continuons notre chemin, nous slalomons entre les bateaux…

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Le long des quais, entre les grues…

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Des bateaux plus chouettes que d’autres attirent notre attention…
Un vrai plaisir pour un vénitien que de déambuler dans ces espaces marins…

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Nous passons devant les « Tese » où les embarcations sont garées à l’intérieur sur 4 niveaux, souvent pour l’hivernage…

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Là, c’est une gondole qui montre le p’tit bout de sa poupe…

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Voici enfin le restaurant « Crea » au premier étage de la « Tesa » …

« Crea » est le surnom de Gianfranco Vianello, vainqueur de la « Regata Storica » de « Voga alla Veneta » plusieurs années de suite… Les vainqueurs des régates historiques sont considérés comme des héros à Venise…
Son gendre tient le restaurant tandis que Crea s’occupe du chantier…

Ma cousine Marilena, qui s’est occupé de « l’organisage», nous a réservé la belle terrasse en haut des escaliers…

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Où nous attend la table pascale, nous sommes une petite vingtaine…

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La vue sur le chantier et sur la lagune sud est superbe…
L’île à droite est « Sacca Sessola », l’île à gauche « San Clemente »

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Tout le monde est quasiment présent, mais, comme d’habitude, nous attendons encore Florence, ma fille…
La voici enfin qui arrive à notre tribord sur son petit bateau…

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Le temps de croiser un bateau de travail…

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Zoom pour distinguer mes petits enfants à bord…

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Et voilà, tout le monde est à table…
Coucou, on me regarde pour la « foto » …

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Comme de coutume, je m’applique à réaliser un petit trombinoscope pour garder le souvenir des présents à ce repas…

Ma cousine germaine, Stefania, qui habite toujours dans l’appartement familial à Castello, là où vécurent mes grand-parents, mes parents pendant la période militaire de la seconde guerre mondiale, où naquit mon frère Renato et où je fus moi-même conçu…

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Sa sœur jumelle, Marilena…

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Stefano, son mari mais aussi mon dentiste-orthodontiste que je préfère rencontrer en dehors de son cabinet…

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Luca, un de leur deux fils, le second, Enrico, révise à la casa, examens en vue…

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Andrea, le frère de Stefano, prothésiste dentaire, ils font la paire…

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Cinzia, son épouse…

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Giulia, leur fille…

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Lydia, ma troisième cousine germaine…

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Son mari, Gino…

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Fulvia, leur fille…

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Stefano numéro 2, son compagnon…

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Renato, mon frangin…

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Mireille, son épouse…

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Flo, ma fille…

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Hugo, son mari et notre artiste peintre préféré…

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Gaetano, mon petit-fils…

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Charlotte, ma dernière petite fille…

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Evelyne, ma tendre et douce…

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Une pensée pour nos deux chers anciens qui viennent de nous quitter, la « Mamma » de Stefano et Andrea, et mon « Papà » …

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Mais profitons de l’instant présent, les plateaux « d’antipasti » arrivant sur la table, chez « Crea » on mange à la vénitienne et c’est fameux, je vous le recommande vivement…

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Pour ne pas trop vous faire saliver, je vous fais grâce des mets délicieux que nous avons dégusté…

Le long du repas, on ne peut se lasser d’admirer notre lagune…

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Face à nous l’île de « Sacca Sessola », appelée aussi l’île aux Roses…

Depuis 2015 l’île est devenue un grand hôtel de luxe de 250 chambres et suites de la chaîne américaine « JW Marriott » …
Entouré de jardins et d’oliviers de grande valeur environnementale, le complexe est équipé d’un centre de bien être, un spa et des piscines extérieures, intérieures et suspendues, plusieurs restaurants, des bars, un ponton, un « port de plaisance » et un héliport…
Quand Stefano sortira son bateau de l’hivernage, nous irons faire un reportage illustré sur cette île…

Juste devant l’île, une « Vela al terzo », (voile au tiers) s’amuse à tirer des bords…

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Je terminerai ce familial reportage par un gros zoom sur ce joli voilier, symbole de la marine à voile traditionnelle vénitienne…

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Joyeuses Pâques !…

Claudio Boaretto

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MON PÈRE, CE HÉROS, ET LA BATAILLE NAVALE DES ÎLES KERKENNAH

Posté par Claudio Boaretto le 30 octobre 2016

La bataille navale des îles Kerkennah s’est déroulée le 16 avril 1941…
Mon père fut naufragé dans cette bataille…
Pour bien comprendre son déroulement, allons quelques jours en arrière…

Le soir du 13 avril 1941, un convoi maritime, dénommé « convoglio Tarigo » (convoi Tarigo), formé de quatre navires de transport de troupes allemandes, les « Adana », « Arta », « Aegina » et « Iserlohn », et un navire marchand italien, le « Sabaudia », chargé de munitions, quitte Naples en direction de Tripoli…

Ils sont escortés par 3 contre-torpilleurs italiens, le « Tarigo » qui dirige le convoi, (d’où son nom) commandé par le capitaine de frégate Pietro de Cristofaro, le « Lampo », commandé par le capitaine de corvette Giuseppe Arnaud, et le « Baleno », commandé par le capitaine de corvette E. Marano…

Entre troupes et équipages, ce sont 3000 hommes qui sont embarqués sur ces 8 bâtiments…

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Sur le « Baleno », est embarqué le Sous-Chef Infirmier, Alberto Boaretto, mon père…

Petit aparté pour expliquer que mon père avait suivi l’école militaire d’infirmiers du Corps Royal des Équipages de la Marine Italienne à Pola en Istrie qui faisait alors partie du royaume d’Italie…
Sorti second de sa classe lui permit de choisir sa spécialité et son affectation ainsi que d’être inscrit au tableau d’honneur de l’école militaire comme en témoigne le diplôme ci-dessous daté du 23 juillet 1937…

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Revenons au « convoi Tarigo » …

Le contrôle de cette partie de la Méditerranée, entre l’Italie et la Lybie, est fortement disputé entre les forces de l’Axe et les Alliés car les deux parties ont la nécessité de sauvegarder leurs propres convois et empêcher simultanément le transit des convois ennemis…

Les convois de l’Axe vers l’Afrique du Nord sont cruciaux pour réapprovisionner et renforcer les armées italiennes et allemandes et, d’autre part, les forces aéronavales Alliées sont basées sur l’île de Malte, qui à son tour dépend des convois pour les approvisionnements…

La première partie de navigation du « convoi Tarigo » est régulière et tranquille, mais une fois doublées les îles Egadi un fort coup de vent imprévu, force 9, vent de 80 km/h, avec de grosses lames déferlantes et une visibilité réduite par les embruns, rend difficile de continuer en formation, disperse et retarde le convoi de plus de 4 heures par rapport à la feuille de route prévue…

Le matin du 15 avril un avion anglais repère le convoi italien et le signale à Malte…

Le commandement de la marine italienne intercepte la communication anglaise et demande l’intervention de l’aviation, mais celle-ci est bloquée au sol à cause du mauvais temps…

Le commandement italien ordonne alors au « Tarigo » de changer de route, de doubler la bouée numéro 4 des hautfonds de Kerkennah puis de suivre la côte…

Privé de reconnaissance aérienne le « convoi Tarigo » ne s’aperçoit pas qu’entre temps sont sortis quatre contretorpilleurs de la 14ème escadre anglaise, les « Jervis », « Janus », « Nubian » et « Mohawk », sous le commandement du capitaine de corvette Philip Mack…

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L’énorme différence entre les contre-torpilleurs italiens et britanniques est que ces derniers sont beaucoup plus récents et équipés de radars alors que les bâtiments italiens, plus anciens, en sont totalement dépourvus… C’est pourquoi à l’époque les anglais préfèrent et provoquent des affrontements navals nocturnes en raison de leur prépondérante supériorité technique…

Le « convoi Tarigo » n’atteindra jamais la bouée numéro 4, il sera détruit par l’escadre britannique entre les bouées numéro 1 et 2…

L’escadre britannique n’a aucune difficulté à intercepter le lent convoi italien et, grâce à ses radars, manœuvre avec calme pour se mettre dans les meilleures conditions favorables pour l’attaque, en arrière du convoi italien et le plaçant à contre-lune les rendant quasiment invisible aux vigies des bâtiments italiens…

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À 2h20 du matin du 16 avril l’escadre anglaise ouvre le feu à une distance de 2000 mètres contre l’arrière du convoi italien qui ne l’avait pas encore détectée, entre les bouées 1 et 2 qui délimitent les hautfonds des îles Kerkennah, …

Le « Baleno », à tribord arrière du convoi, et le « Lampo », à bâbord arrière, furent les premiers ciblés, touchés et immédiatement mis hors combat…

Ensuite, le « Sabaudia » touché, explose et coule… Les autres navires de transport, n’ayant pas la capacité et l’armement pour se défendre, sont touchés et coulés à leur tour… Seul « l’Arta » reste quasi indemne et tente d’éperonner un contre-torpilleur anglais…

Le « Tarigo » en tête de la formation est le dernier attaqué… Il fait demi-tour et se lance lui-même à l’attaque des unités britanniques…

Le « Tarigo », pris sous le feu à courte distance des 4 bâtiments anglais, est bientôt réduit à l’état d’épave en flammes avec la majeure partie de son équipage mort ou gravement blessé…

Malgré une grave blessure à la jambe le commandant De Cristofaro contrôle son navire et continue le combat… Les marins quoique blessés, affectés aux torpilles réussissent avec des moyens de fortune (tous les circuits électriques ont sauté) à armer le dernier lance-torpille bâbord, lancer, frapper et couler le « Mohawk » …

Quelques instants plus tard, le Tarigo coule avec son commandant à son bord…

Plusieurs artistes peintres ont illustré cette bataille…

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Les unités britanniques ayant rempli leur mission de destruction du convoi s’éloignent rapidement pour rejoindre Malte laissant blessés et naufragés périr en mer…

Le « Baleno » quant à lui est décapité aux premières bordées anglaises… Un obus a détruit la passerelle et tué le commandant et tous les officiers…

Le navire est en feu, mon père saigne par le nez et les oreilles, saignements provoqués par les ondes de choc des obus qui atteignent le navire…

Les couvertures de survie et les trousses de secours ont disparu… Pour porter soin aux blessés, dans le carré des officiers Alberto Boaretto trouve des bouteilles de whisky, cognac et grappa qu’il utilise pour désinfecter les blessures des survivants…

Les paroles de mon père :
« Una vera carneficina.
Pezzi di corpi da tutte le parti della nave, da non descrivere »…
(un vrai carnage. Morceaux de corps dans toutes les parties du navire, indescriptible) …

Pendant que le « Baleno » s’enfonce dans les eaux mon père fait partie des derniers à quitter son bord, accroché avec quelques compagnons à une bouée géante, avant que le bateau ne sombre complètement…

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Alerté de l’attaque, le commandement de la Marine Italienne en Lybie organise immédiatement une opération massive de sauvetage des naufragés…

Sont engagés pour les secours les destroyers « Malocello », « Da Noli », « Vivaldi » et « Darlo », les torpilleurs « Centauro », « Clio », « Partenope », « Perseo » et « Sirtori », le navire de sauvetage aérien « Orlando », le navire hôpital « Arno » et les paquebots « Antonietta Lauro » et « Capacitas » …

Sur les 3000 hommes du convoi seulement 1271 naufragés sont récupérés, tous les autres sont tués lors du combat ou péris en mer…

Les pertes britanniques se monte à 43 hommes…

Mon père et ses compagnons restent accrochés à leur bouée pendant 2 nuits et 2 jours, sans boire ni manger… Certains de ses camarades à bout de force lâchent la bouée et s’enfoncent dans les flots… Pendant ces 2 nuits et 2 jours interminables les naufragés aperçoivent les bateaux de secours, mais ceux-ci sont trop loin et s’éloignent sans les repérer malgré leurs cris et leurs signes de mains…

Ils sont enfin recueillis et sauvés par le navire de sauvetage aérien « Orlando » …

Le hasard fait que mon père est accueilli sur la passerelle par un ami sous-officier infirmier avec qui il a travaillé à l’hôpital militaire de Sant’ Anna à Venise… Le navire ne comptant qu’un seul médecin à son bord et son ami infirmier, mon père, malgré son état précaire, se met immédiatement à la disposition de l’officier médecin pour soigner les nombreux blessés…

Alors qu’il prodiguait les soins aux blessés, mon père, en état de choc et de faiblesse après ses 2 nuits et 2 jours de naufrage, s’évanouit…
L’officier médecin l’allonge alors sous la table d’opération…
Quand il reprend ses esprits, il se remet à l’œuvre sous les ordres du médecin avant de s’évanouir à nouveau et à plusieurs reprises, et de se remettre chaque fois courageusement aux opérations de secours aux blessés…

24 jours après son naufrage, en permission spéciale, de retour à Venise mon père se marie le 10 mai 1941 avec Linda Nicolaj, mia Màma, à l’église de Sant’ Isepo dans le sestiere de Castello… Mariage qui durera 70 ans jusqu’à la disparition de ma maman en 2011…

Pour son attitude courageuse et héroïque mon père fut décoré de deux croix de guerre de la valeur militaire…

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Avec mes frères, nous jouions avec quand nous étions enfants…

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Une première croix de guerre avec citation attribuée aux membres survivants des équipages du « Baleno », du « Lampo » et du « Tarigo » :

« Embarqué sur torpilleur en service d’escorte d’un important convoi, attaqué par des forces navales ennemies supérieures, participa avec courage à la lutte inégale, se prodiguant successivement pour un jour et deux nuits à l’extinction des incendies, les secours aux blessés et dans les tentatives d’assurer la flottabilité de son navire » …

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Une seconde croix de guerre avec une citation personnelle :

« Naufragé d’un torpilleur coulé après un très âpre combat contre des forces navales ennemies supérieures, prêtât avec une assiduité spontanée et un zèle constant à bord du navire sur lequel il fut recueilli, sa coopération valide à un officier médecin dans l’opération de secours aux blessés » …

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La cérémonie des décorations eut lieu sur la « Piazzetta San Marco » à Venise…

Sur la « foto » ci-dessous, Alberto Boaretto sur la piazzetta, doublement décoré par le Duc de Gênes…

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Le 1er mai 1942, Alberto Boaretto fut promu sergent infirmier…

Mais la guerre continue et les événements se succèdent en Italie…

Les défaites militaires de l’Italie et le débarquement des Alliés sur le sol italien entraînent la mise en minorité de Benito Mussolini par le Grand Conseil le 24 juillet 1943 : il est alors destitué, arrêté et emprisonné par ordre du roi…

Le 12 septembre 1943, Hitler envoie un commando aéroporté de SS pour libérer Mussolini…

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Mussolini avec les hommes du commando SS qui l’ont libéré

Mussolini proclame alors la reconstruction du parti fasciste avec pour nom « Partito Fascista Repubblicano » (Parti fasciste républicain) et lance ses 6 ordres du jour…

Le premier annonce qu’il assume de nouveau la direction suprême du fascisme.

Le second abolit la monarchie et le régime devient une République sociale. Salò, près du lac de Garde, sera le siège de son gouvernement. D’où le nom de la « République de Salò » (qui porte bien son nom)

Le troisième ordre du jour stipule que les autorités administratives et militaires doivent reprendre leurs fonctions…

Le quatrième ordonne la reconstitution immédiate de toutes les institutions qui auront mission de seconder efficacement l’armée du Reich et de punir les lâches et les traîtres de manière exemplaire…

Le cinquième et le sixième portent sur la création d’une milice. Officiers et soldats sont invités à se mettre rapidement à la disposition des autorités militaires italiennes, qui continueront la lutte contre les Alliés.

La quasi-totalité des conscrits se présente dans les casernes, si bien que les forces armées de la jeune République de Salò atteignent vite plus de 800 000 hommes.

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Les nouvelles autorités demandent à tous les militaires de prêter allégeance à la nouvelle république fasciste…

Mon père refuse de prêter allégeance, tout change alors pour lui, il passe du statut de héros bi-décoré à celui de prisonnier de guerre…

En tant qu’infirmier il échappe de justesse à la déportation en Allemagne et est affecté à Salsomaggiore près de Parme dans la région d’Émilie-Romagne…

À Salsomaggiore les allemands ont réquisitionné un établissement thermal pour le transformer en hôpital de guerre pour les blessés allemands venant du Sud de l’Italie, spécialement de Monte-Cassino…

En plus de son travail d’infirmier, en tant que prisonnier de guerre il est astreint par les fascistes et les allemands à creuser de profondes tranchées de protection contre les attaques aériennes fréquentes des Alliés…

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Cet article en mémoire de mon père, de son sens du devoir et de l’honneur…

Né le 17 septembre 1918, il vient de nous quitter paisiblement le 17 octobre 2016…

Claudio Boaretto

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LA « VIGILIA DE NADAL » DE LA FAMILLE VÉNITIENNE

Posté par Claudio Boaretto le 26 décembre 2015

La « Vigilia de Nadal », en français : la Veillée de Noël, est une tradition que nous respectons jalousement dans notre famille vénitienne…

Tous les ans, nous nous retrouvons à Marcon, petite commune sur la terre ferme à 20 kilomètres de Venise, chez ma cousine germaine Lela et son mari Stefano, pour une affectueuse soirée conviviale et familiale…

Cette année, nous avions un absent, mon Papà, Alberto Boaretto… Rentrant dans sa 98ème année, malgré nos insistances, il a préféré resté sur son île et ne pas se déplacer sur la terre ferme…
En effet, il faut arriver à l’embarcadère une petite demi-heure avant le départ du ferry, plus 40 minutes de traversée, puis 30 minutes de route, presque 2 heures de voyage aller, autant pour le retour, pour une soirée se terminant à point d’heure, à son grand âge c’était trop de fatigue…

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Un feu à l’âtre pétille dans la cheminée qui déjà donne l’ambiance de cette veillée de Noël…

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Les bouteilles sont au garde à vous ainsi que les incontournables « Panetone » artisanaux servis en fin de repas…

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La superbe table prête à accueillir les 22 convives…

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Vingt-deux convives ? Hé oui, c’est ça les grandes familles…

La revue des troupes :
Notre hôtesse, ma cousine germaine, Lela…

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Notre hôte, son mari, Stefano, dégustant un morceau de « Panetone »…

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Leur fils ainé, Luca…

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Sa petite amie, Cecilia…

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Le second fils, Enrico…

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La maman de Stefano…

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Le frère de Stefano, Andrea…

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L’épouse d’Andrea, Cinzia…

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Leur fille, Giulia…

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Ma deuxième cousine germaine, Stefi…

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Ma troisième cousine, tout aussi germaine, Lydia…

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Son mari, Gino…

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Leur fils, Nicolò…

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Leur fille, Fulvia…

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Son compagnon, Stefano…

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Ma fille, Florence…

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Mon gendre, Hugo…

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Leurs enfants, mes petits-enfants…
La grande sœur, Justine…

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Le frère, Gaetano…

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La petite sœur, Charlotte…

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J’ai réussi à faire poser la petite famille…

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Ma douce compagne, Evelyne…

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Stefano m’a piqué mon appareil pour me shooter, bien sûr tout à mon avantage, lorsque j’accroche un ridicule cordon de cadeau sur ma belle chevelure blonde…

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La soirée s’est terminée à 3 heures du matin par une très sympathique distribution de cadeaux les uns aux autres et dont vous ne voyez là qu’une maigre partie…

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Toujours une magnifique fête familiale que la « Vigilia de Nadal »…

Claudio Boaretto

Publié dans 04 Venise : vie quotidienne, 11 La famille du Coyote | 36 Commentaires »

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