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SORIANO, LE CHAT DE VENISE

Gamin, j’allais souvent caresser les chats dans le sestiere de Castello, soit Via Garibaldi, soit aux Giardini, à deux pas de chez ma grand-mère, la nona Gemma, où je passais mes grandes vacances.
Aujourd’hui, la plupart des chats ont disparus des ruelles de Venise, éradiqués par la municipalité sous prétexte de raisons d’hygiène. Nos édiles ont la mémoire courte et beaucoup de vénitiens le regrettent.

L’on ne trouve plus maintenant nos SORIANI que chez les particuliers.
SORIANO, LE CHAT DE VENISE dans Chansons du coyote marcopolo2
Mes deux SORIANI, Marco et Polo.

Voici l’histoire du SORIANO, le chat vénitien….

Depuis de nombreux siècles, les vénitiens respectent et aiment les chats en remerciements de leurs indispensables services rendus.
Au cours de son histoire, Venise a toujours su se défendre avec intelligence de nombreux périls :
batailles contre les armées ennemies sur mer comme sur terre,
les forces convergentes de la mer en tempête,
la corrosion des hautes marées saisonnières,
les épidémies dévastatrices de la peste……

Mais il est un autre danger sournois qui continuait de menacer la Cité : l’invasion des rats.

Venise savait que seuls les chats étaient l’arme la plus efficace qu’elle possédait contre ce puissant ennemi.

Rien qu’avec leur présence et leur odeur ils empêchaient les rats de sortir en masse des canaux, d’envahir les ruelles, les magasins et les maisons riches en nourriture.

C’est pourquoi, aux temps de la République Sérénissime, le chat était considéré comme un animal d’utilité publique et, comme tel, respecté et soigné.

Dès les premières installations et habitations lagunaires, c’est déjà la présence des chats autochtones qui aida les habitants à se débarrasser des rats.

Quand commencèrent à prospérer les échanges avec Byzance et l’Orient, parmi les marchandises raffinées ramenées de Venise, il y avait aussi des chats angora à poil long dont la beauté fascinait les nobles et les riches marchands. Dans les somptueux palais vénitiens entrèrent alors les chats orientaux payés à prix d’or et traités comme des princes.

A côté de ces splendides animaux, dans les ruelles courraient les chats lagunaires, infatigables chasseurs et sentinelles contre les rats.

marco1 dans Chansons du coyote
Marco, la terreur du quartier, personne ne lui tient tête.

mapolo
Sauf son frère Polo.

marcopoloqueue1
Et souvent ils se tournent le dos.

Vers la fin du XIIIeme siècle, leur bravoure était tellement appréciée qu’il fut décidé de les embarquer dans les grands vaisseaux vénitiens, inscrits par groupe de 3 ou 4 sur les registres de bord, comme assurance et protection contre les assauts des rongeurs sur les marchandises transportées. Un matelot désigné avait charge de les nourrir et les soigner. Les chats étaient tellement importants qu’ils étaient devenus un “porte-bonheur” dans la tradition maritime vénitienne.

Mais bientôt, les navires revenant de l’Orient, chargés de marchandises et des chevaliers des croisades en Palestine, ramenèrent un passager clandestin : le RAT NOIR, le terrible rat de la peste. Les chats de Venise n’étaient plus suffisamment nombreux et féroces pour le combattre.

En l’espace d’environ un demi-siècle, la peste extermina un tiers de la population vénitienne et se diffusa en Europe. Elle fut l’un des fléaux les plus épouvantables jusqu’à la fin du XVIIIeme siècle.
Alors que l’inquisition faisait stupidement des ravages sur les chats considérés comme la réincarnation du démon, les vénitiens comprirent que les chats, associés à de meilleures conditions hygiéniques, pouvaient les aider contre la peste. Ils eurent connaissance qu’en Syrie et en Palestine existait une race de chat très combattive : le chat « SORIANO »

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Momoï, le SORIANO de ma cousine

Ils commencèrent à les importer pour créer, en les croisant avec les chats de la lagune, une race particulièrement agressive. Devant cet ennemi très décidé, les rats furent contraints de se réfugier dans les canaux desquels, même aujourd’hui, ils sortent rarement.
Le SORIANO est l’illustre descendant des chats importés de Syrie sur les vaisseaux vénitiens.
Plus haut sur patte que nos chats communs en France, il a une grosse tête avec de fortes bajoues. C’est un bagarreur né.

marco2
Si tu cherches la bagarre !….

 Il est intelligent, indépendant, robuste et courageux. C’est un extraordinaire chasseur qui aime la liberté mais qui devient fidèle quand il vit en compagnie de l’homme.

yeux-2

Ses yeux ont des reflets verts-dorés comme les eaux de la lagune et sa fourrure striée, avec des reflets bleus et fauves, en fait un chat caméléon se confondant parfaitement parmi les splendides couleurs naturelles des pierres de Venise.

20 Réponses à “SORIANO, LE CHAT DE VENISE”

  1. waymel veronique dit :

    bonjour EVELYNE, ET CLAUDIO,

    J’ai pu admirer les photos de la femme de ta vie!!! Tres romantique… Quel charmeur…

    J’ai aussi aimé ton article sur tes chats et la race SORIANO, tu sais que je suis folle des chats…

    Bravo, tres beau blog…

    Au fait, on envisage un voyage en afrique du sud en… HARLEY DAVIDSON…

    GROS BISOUS A TOUS

    VERO ERIC AXEL ROLAND

  2. Merci, sympa…. Et bienvenue dans le monde Harley….

  3. dominique dit :

    Quel désastre Venise sans chats, comment est-ce posible? Je reviens de Venezia, pas un seul chat dans les calle, les mêmes calle où j’ai pu passer tant de fois entre Garibaldi et les jardins…Où sont les chats?
    Quelle politique assez absurde a t-elle pu enlever ce qui contribuait à l’âme de Venise? Venise patrie des piétons et des chats, place rendue à la liberté de circuler…au lieu de ça, des quantités de bancarelle avec des masques manufacturés made in Taïwan pour floppées de touristes.

    Rendez-nous nos chats!

  4. Bondi Dominique,
    La raison principale serait que les chats auraient contractés le FIV : le SIDA du chat
    « A l’instar du SIDA de l’homme, il existe un virus d’immunodéficience acquise chez le chat. Il s’agit du FIV (virus d’immunodéficience féline). Bien qu’il appartienne à la même famille que le HIV, aucune donnée actuelle ne suggère une possible transmission à l’homme »
    Tous ces chats sont actuellement recueillis et hébergés dans le « gattile communale » refuge communal pour chats, à Malamocco sur l’île du Lido, et géré par l’association « Dingo » qui s’occupe également de nourrir les rares colonies de chats en liberté qui subsistent sur les îles de la lagune….. Je lis sur votre commentaire que vous passiez tant de fois entre Garibaldi et les Giardini…. C’est le bout de Castello, quartier encore populaire relativement épargné par l’industrie touristique…. C’est aussi le berceau de ma famille peuplé de mes souvenirs d’enfance…. Là encore où j’adore aller siroter mon « spritz » quotidien….

  5. Kerleaux dit :

    sympa le chapitre sur les chats.
    Je tiens à votre disposition un livre intitulé « chats de Venise », ou l’on apprend, en vrac, que le soriano en italien est devenu surian en vénitien (mais là, je ne t’apprends rien!) ainsi que le gatto italien devient gato ; miauler se dit miagolare et devient sgnaolar, qui fait qu’un nouveau né se dit sgnaolin.
    Qu’il existe une recette de spaghetti al gatto (le bouquin donne même la recette!)ce livre est super .. n’oubliez pas de le consulter lors de votre prochain passage ….Bacioni, JC

  6. Lorenzo dit :

    J’ai à mon tour découvert votre blog Claudio et vous savoir de retour à Venise parmi les vôtres est un plaisir même si nous ne nous connaissons pas. vous incarnez ainsi une tradition, celle des artistes qui se mettent au service de leur art en restant fidèles à ce qu’ils sont et aux lieux d’où ils viennent. Je parlerai prochainement du B&B de votre fille et des appartements de votre gendre. Et pourquoi pas parler de vous et de votre musique sur Tramezzinimag. Ce serait un honneur per me e un piacere pe i miei lettori !

  7. Lorenzo dit :

    Le livre de Robert de Laroche est en effet un bonheur. Je me permets de faire un peu de publicité (à l’attention de Kerleaux notamment)pour mon petit opus à moi, « Venise, l’hiver et l’été, de près et de loin » qu’on peut se procurer chez Decitre ou Amazon ou chez l’imprimeur BoD. Recueil de certains billets parus depuis 2005 sur Tramezzinimag mais aussi nouvelles inédites, extrait de mon journal vénitien. Il contient une nouvelle crite il y a fort longtemps à venise, le roi des chats est vénitien » disponible aussi sur le blog : http://tramezzinimag.blogspot.fr/2006/06/le-roi-des-chats-est-vnitien.html

  8. Bonjour et Merci Lorenzo….
    Ninversons pas les rôles, ce serait un honneur pour moi…. Je suis rempli d’admiration à la lecture de vos articles et je mesure le talent votre plume…. Après vous avoir lu, je n’ose plus écrire….
    Très sympa de parler du B&B de Flo et des appartements de Hugues….
    Ils viennent boire un spriss dans une heure à la maison, je vais leur faire découvrir votre blog…..
    Si vous m’en donnez la permission, je le mettrai dans mes liens…..

  9. Lorenzo
    A Venise, où pouvons-nous nous procurer « Venise, l’hiver et l’été, de près et de loin » ?….
    A la librairie française près de San Giovanni e Paolo ?….

  10. Danielle dit :

    Je les adore, ils sont vraiment beaux.
    Quand je suis à Venise, je suis toujours à la recherche de ces beaux « Sùrian » et je les photographie avec tellement de plaisir.
    Ils occupent souvent les pages de mon blog.
    à bientôt
    Danielle
    PS comment fait-on pour s’inscrire membre de votre blog, je n’ai pas trouvé ?

  11. Danielle, mon hébergeur de blog ne permet par de s’inscrire comme membre…. Mais si vous le désirez, je peux inclure votre adresse mail dans mes mailings que j’envoie de temps à autre quand il y a des nouveautés sur mon blog….

  12. duchamp gabriella dit :

    Ah ! les chats ! Ma passion avec Venise.J’ai un petit studio à Lannion(22), réservé aux amis de passage, qui es dédié à mes deux passions.Je lui cherche un nom ; qui m’en proposera un ? Gabriella

  13. Si tes amis de passage sont style gros matous ou petites chattes tu peux l’appeler en italien :
    « il gattile »… La chatterie en français
    Si on « vénétianise » le mot, ça devrait faire :
    « el gatil » sachant qu’en vénitien on ne double pas la consonne et on mâche les mots ….

  14. Lysiane Le Ridou dit :

    Lors de mon voyage à Venise en 2010, j’ai pu photographier six « soriani ». Je reviens tout juste de la Sérénissime, toute surprise de n’avoir croisé que deux spécimens de ces magnifiques félins, en compagnie ‘une « mamma gatti ». J’en ai cinq à la maison, dont une seule s’apparente au style bagarreur des soriani,alors évidemment, Venise me semble un peu vide à certains égards.J’aidemandé à maints commerçants où se trouvaient les chats de leur ville, ils avaient l’air évasif et vaguement géné pour dire qu’on les avait déportés sur une île pour raison d’hygiène. Mémoire courte?

    Salutations.

  15. Ils sont à la chatterie du Lido, vers Malamocco….

  16. Sylvie Saerens dit :

    Bonjour Claudio, je viens de découvrir votre blog et me suis régalée à la lecture de plusieurs articles, avec super photos. Je suis moi aussi amoureuse des chats et de Venise ! Je veux bien que vous m’ajoutiez à votre mailing pour être prévenue des futurs articles :) je vous en remercie par avance ! Sylvie

  17. giudecchina dit :

    Me voici sur votre blog après nos conversations sur « oliaiklod » – que je recommande à tous les bloggeurs tant il est enthousiasmant.
    La disparition des chats autochtones m’a révoltée et navrée (on m’a dit, mais je ne l’ai pas personnellement vérifié, que le soi-disant refuge tient davantage du camp de concentration pour félins que de la société de protection animale – ce témoin s’est rendu lui-même sur place, mais, bon, prudence quand même…). Heureusement, à la Giudecca mes animaux préférés reviennent progressivement, avec collier ou sans, et il y a dans le voisinage de mon chez-moi un costaud du même acabit que les soriani, très méprisant à mon égard comme il se doit, et qui, ô joie, flanque des pâtées aux clébards emperruqués venus remplacer ses congénères sur les trottoirs de Venise. Avec le contingent de crottes et d’aboiements qui va avec (non non, je n’ai rien contre les chiens… quand ils sont bien éduqués).
    Cette histoire de FIV me paraît surtout un joli prétexte – cette maladie sévit aussi en France, où les Ecoles du chat s’occupent des félins errants (pas partout, hélas): on vaccine grâce aux dons des particuliers, et on remet les chats en liberté (ce qui évite d’utiliser les fonds à entretenir une structure infiniment plus gourmande en subsides). La sélection naturelle fait le reste – c’est cruel certes, mais est-ce pire?
    Ce qui rajoute à mon énervement, c’est le business fait sur le dos des félins réprouvés : calendriers, cartes postales, bouquins de toutes sortes (là aussi le pire côtoie le meilleur)… plus rentable de les gérer sur papier glacé, n’est-ce pas? D’autant qu’ils ne réclameront jamais de droit à l’image, eux…
    A presto !

    • Bienvenue Giudecchina…
      J’ai fait un tour au « gatile » du Lido, il a y déjà bien une bonne dizaine d’années et je n’avais pas été choqué outre-mesure… Evidemment les chats sont enfermés, mais je ne vois pas comment faire autrement… Mais ils étaient apparemment bien soignés et les personnes qui s’en occupaient, dévouées…
      La vaccination auraient été une bien meilleure solution, entièrement d’accord avec vous… Car maintenant on croise des « Pantegane » qui n’ont plus à craindre les chats sur certains quais de Venise…
      C’est grâce à une responsable de ce refuge que j’ai adopté il y a une douzaine d’années mes 2 chats, aujourd’hui disparus, Marco & Polo…

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